L’hexane dans nos assiettes : une réalité invisible, mais bien présente
🛢️ L’hexane dans nos assiettes : une réalité invisible, mais bien présente
Imaginez que vous ajoutez quelques gouttes de pétrole dans la purée de votre enfant. Inacceptable ?
Et pourtant, c’est exactement ce que l’on fait – indirectement – en consommant certains produits de tous les jours : huiles, beurre, œufs, lait, viandes. En cause : l’hexane, un solvant utilisé massivement dans l’industrie agroalimentaire pour extraire l’huile des graines oléagineuses.
❓ C’est quoi l’hexane ?
L’hexane est un solvant pétrochimique, issu du raffinage de l’essence. Il est très efficace pour extraire jusqu’à 20 % d’huile supplémentaire après le pressage des graines (colza, soja, tournesol…).
Résultat : des rendements accrus pour les industriels, mais une substance chimique qui peut laisser des traces dans l’huile… et au-delà.
🥛 Où le retrouve-t-on ?
Une enquête de la cellule investigation de Radio France a mis en lumière la présence de résidus d’hexane dans 25 produits sur 54 testés (échantillons achetés dans le commerce). Ces produits vont bien au-delà des huiles : œufs, beurres, morceaux de poulet, lait.
Et ce n’est pas un hasard.
Le tourteau déshuilé (le résidu solide après extraction) est utilisé pour nourrir les animaux d’élevage. Le chercheur Valentin Menoury (INRAE) a prouvé que l’hexane passe de l’alimentation animale au lait, une première scientifique.
Résultat : même les nourrissons peuvent être exposés à cette substance neurotoxique et reprotoxique.
⚠️ Un cadre réglementaire obsolète
La limite légale autorisée pour l’hexane dans les huiles alimentaires (1 mg/kg) date… de 1994. À l’époque, aucune donnée ne prenait en compte l’exposition chronique à faibles doses, ni le passage indirect par l’alimentation animale.
Surtout, l’hexane bénéficie d’un statut juridique opaque : classé comme « auxiliaire technologique », il n’a pas à figurer sur les étiquettes.
Le consommateur n’est donc jamais informé de sa présence.
🔬 Et la science dans tout ça ?
Plusieurs chercheurs plaident depuis des années pour une substitution par des solvants biosourcés. Moins performants, certes, mais bien plus sûrs.
Le projet EcoXtract porté par l’INRAE et l’ADEME explore actuellement ces alternatives à base de cellulose.
En parallèle, les effets de l’hexane sur la santé sont mieux connus.
Le n-hexane, sa forme principale, est reconnu comme neurotoxique (effets sur le système nerveux), reprotoxique (fertilité), et potentiellement perturbateur endocrinien. Les études les plus récentes appellent à une réévaluation complète, prévue en 2025 par l’EFSA.
🧾 Que peut-on faire, concrètement ?
Exiger la transparence étiquetage pour les solvants utilisés.
Soutenir les producteurs qui garantissent des filières sans solvants pétrochimiques.
Éviter les huiles industrielles issues de graines (colza, soja) non pressées à froid.
Suivre les travaux des chercheurs et les débats législatifs en cours.
Une proposition de loi portée par le député Richard Ramos vise à interdire l’hexane dans l’alimentation. Reste à voir si la pression politique, médiatique et citoyenne suffira à faire bouger une industrie qui défend une pratique ancienne mais rentable.
🎯 Pour conclure
L’hexane est un résidu de notre dépendance au pétrole. Invisible, mais bien là. Et s’il devenait le symbole d’un basculement vers une alimentation plus propre, plus éthique, plus transparente ?


